Après la remise des prix, on est d'un coup beaucoup moins serrés

Prix Amazon : la part belle aux audacieux

Lundi dernier a eu lieu la remise du Premier Prix Amazon de l’auto-édition. En tant que fondatrice du Label Bad Wolf, j’ai eu la chance et l’honneur de faire partie du jury au milieu d’auteurs fort prestigieux (il y a quelques temps, j’avais réalisé une interview du jury ici), et je remercie chaudement Amazon pour cette opportunité fascinante.

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Le jury au complet, de gauche à droite : Aurélie Valognes, moi-même, Eric Bergaglia d’Amazon, Lorant Deutsch, Wendall Utroi, Laurent Bettoni et Alice Quinn

Cet été, il nous a donc été demandé de nous armer de notre kindle pour lire les dix romans suivants : Un sac de Solène Bakowski, Hier encore, c’était l’été de Julie de Lestrange, Le baiser de Pandore de Patrick Ferrer, Fidèle au poste d’Amélie Antoine, Ouverture en lamineur d’Aurel Angeli, l’Exil Primitif de Cédric Charles Antoine, Sud Sud-Est de Joëlle Herrerias, Les yeux couleur de pluie de Sophie Talmen, Les Méduses ont-elles sommeil ? de Louisiane Dor et La Pudeur des sentiments de Dalila Heuse.

nominesTous les membres du jury étaient du même avis : la sélection était très éclectique et par là-même assez audacieuse. Nous avions tous très sérieusement rédigé nos fiches de lecture, y compris notre président Lorant Deutsch qui est arrivé avec un véritable drap de bain (une feuille A3) recouvert de notes recto-verso. Nous avions dû sélectionner nos chouchous et réaliser un premier classement avant les débats. Samedi dernier, nous nous sommes donc tous retrouvés, pensant naïvement être plus ou moins du même avis.

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Eric Bergaglia d’Amazon (à droite) échange passionnément avec Lorant Deutsch (à gauche) sous l’oeil attentif de Laurent Bettoni et de Wendall Utroi.

En fait, non.

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J’ai des arguments.

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Lorant Deutsch aussi.

 

 

 

 

 

 

 

 

Bien entendu, nous étions tous très impressionnés par notre président de jury, et conscients de sa grande sagesse, nous nous rangions gentiment à son avis (ha ha ! non, vraiment pas).

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Alice Quinn (à droite) et Aurélie Valognes ne s’en laissent pas conter.

Après deux heures de débats où chacun défendit son poulain et avança des arguments forts construits (chapeau à Laurent Bettoni qui nous fit un coup façon 12 hommes en colère en retournant tout le jury avec une superbe critique), nous finîmes par tomber d’accord.

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Nous n’avons pas franchement débattu dans l’intimité, mais nous avons très rapidement oublié la présence de nos amis photographes, pris par notre enthousiasme. (Pour ceux qui s’interrogent, la pièce était au siège d’Amazon à Clichy)

Deux jours plus tard, le grand soir. La remise des prix avait lieu au Bal Café dans le XVIIIe. La presse était réunie. Il y avait Actuallitté, IDBOOX, mais aussi BFMTV et Le Monde avec la grande Florence Aubenas. J’oublie bien des média, naturellement, mais ils étaient nombreux.

Eric Bergaglia et Lorant Deutsch annoncent le nom du vainqueur : il s’agit d’Amélie Antoine avec Fidèle au poste. Nous sommes tous ravis de clamer que c’est mérité : ce livre est un coup de génie. Amélie Antoine remporte donc 5000 euros, un plan communication avec la puissance Amazon et parmi d’autres choses, une invitation sur BFMTV le lendemain soir.

Mais Amazon, assez grand seigneur, nous avait fait une surprise samedi dernier… Nous ne pouvions certes pas primer les dix livres, mais nous nous sommes tout de même fait plaisir avec un Prix Spécial très particulier. Un roman plutôt inclassable écrit par Solène Bakowski : Un sac.

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Lorant Deutsch cerné par les trois brillantes lauréates. Uniquement des femmes, tiens.

Il y avait encore un dernier prix, dans lequel nous n’avions cependant rien à voir puisque c’était le Coup de Coeur des lecteurs des romans auto-édités de cet été : Souviens-toi Rose, d’Isabelle Rozenn-Mari que je n’ai pas encore lu mais dont j’ai entendu tant de bien que je vais me jeter dessus très vite. Un joli trio, donc.

Au fil de la soirée, les groupes se forment et se dispersent. Après la remise des prix, le gros de la presse a décampé vers d’autres aventures. Ne restent qu’Elizabeth Suitton qui maîtrise si bien le sujet du numérique et Florence Aubenas qui travaille sur un long papier à paraître jeudi dans Le Monde. En journaliste aguerrie, elle a attendu que le champagne fasse tomber toutes les défenses pour noircir un calepin entier.

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Après la remise des prix, on est d’un coup beaucoup moins serrés.

Pendant qu’on discute et qu’on refait le monde (du livre), Alice Quinn tourne parmi les auteurs sélectionnés. Elle tient les comptes : huit d’entre eux ont reçu des propositions d’éditeurs prestigieux.

C’est plutôt impressionnant, surtout qu’en parlant davantage avec Amélie Antoine, on apprend qu’avant d’en venir à l’auto-édition, elle a été refusée par à peu près toutes les grandes maisons. Je suis stupéfaite. Je pensais que c’était un choix délibéré de sa part, comme ça l’a été par exemple pour Aurélie Valognes et la plupart des membres du jury.

Ah oui, en plus des 5000 euros, y'avait aussi une kindle.

Ah oui, en plus des 5000 euros, y’avait aussi une kindle.

Comment un roman pareil a-t-il pu passer entre les mailles des comités de lecture ? Évidemment, on connait les raisons, justifiables et justifiées, mais tout de même, on s’interroge… S’il avait été écrit dix ans plus tôt, Fidèle au Poste serait donc resté dans un tiroir ? C’est un livre qui a certainement ses défauts, mais quand on le lit, on se dit que c’est du best-seller en barre…

En tant qu’éditrice free-lance en BD, j’ai eu l’occasion ces quatre dernières années de porter des auteurs auxquels j’ai cru, de leur faire monter des projets ambitieux qui ont finalement été retoqués par un éditeur en chef : « je ne saurais pas le vendre », « c’est trop particulier », « il manque quelque chose ».

Un petit sketch sur le sujet d'un auteur de BD célèbre, Nob.

Un petit sketch sur le sujet d’un auteur de BD célèbre, Nob.

Et de balayer tout cela du bras, tandis que de l’autre il signait des licences à la chaîne. Je le comprends bien sûr, les licences sont rassurantes, même si parfois elles font des bides comme tout le reste. (Ici, un article sur François Amoretti qui a jeté l’éponge de l’édition traditionnelle pour financer son très beau projet par crowdfunding).

Ce qu’on peut déplorer aujourd’hui dans l’édition, c’est une pusillanimité de plus en plus marquée. Bien sûr, c’est difficile. Bien sûr, le marché est crispé, plus complexe qu’avant. Nous n’avons pas à juger les choix des éditeurs traditionnels, c’est de leur argent dont il est question, après tout. Chacun est souverain en son royaume. Et puis, il serait ridicule de dire que les éditeurs ne publient pas, eux aussi, des livres fabuleux.

On peut cependant se sentir (un peu) soulagé qu’ils ne fassent plus autant qu’avant la pluie et le beau temps dans le domaine du livre. Aujourd’hui, l’auto-édition fait la part belle à l’audace, aux projets ambitieux, un peu fous, un peu échevelés parfois. Quel merveilleux laboratoire ! Et qu’importe s’ils ne sont pas tous lisses et bien carrés ?

Je suis heureuse de cette explosion de l’auto-édition, parce qu’outre la liberté qu’elle m’offre en tant qu’auteur, j’ai pu lire grâce à elle Fidèle au poste. Et avant cela, Un Palace en enfer, Sud Sud-Est, Mémé dans les Orties, Le Dompteur de pluie et tant d’autres…

L’auto-édition est aujourd’hui le domaine de ceux qui osent.

2 Comments

    1. Merci Wendall ! J’espère que du coup j’ai évité la redondance avec ton papier qui était très bien fait lui aussi 🙂
      PS : j’ai commencé à lire Un Genou à terre !

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