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Auteur, auteure ou autrice ?

Il y a trois jours, une petite fille de 8 ans m’a posé cette question : « On dit auteur, autrice ou auteure ? »

Quelques mois plus tôt, j’aurais probablement traité la question par-dessus la jambe. Je lui aurais dit qu’après avoir longtemps écrit « une auteur », je m’étais mise à écrire « auteure », sans grande conviction, ignorant encore que c’était l’orthographe québecquoise. Depuis, j’écris autrice. Ça ne m’est pas naturel, et je me force un peu. En voici la raison, tournée pour une petite fille de huit ans :

« Ta question est extrêmement intéressante. Sache qu’on peut écrire les trois, et que les trois orthographes sont défendables. Cependant, chaque orthographe défend une idée différente. Ce n’est pas du tout anodin de dire auteur, auteure ou autrice.

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Richelieu, ce grand ami des femmes.

Au XVIIe siècle, on disait auteur/autrice comme on dit aujourd’hui acteur/actrice. D’ailleurs, c’est la même étymologie : augere. À l’époque il y avait des cercles intellectuels de femmes très puissants et qui avaient leur mot à dire en politique et bien sûr, c’était aussi le cas du clergé. Le Cardinal de Richelieu, représentant du clergé qui était fort jaloux de l’influence de ces dames, voulait les faire disparaître pour pouvoir gouverner tranquillement (je simplifie un peu, mais tout cela est vrai, la « querelle des femmes » a d’ailleurs commencé, sous ce nom, un siècle plus tôt). Aussi, il a créé l’Académie Française et a ordonné à cette institution, composée uniquement d’hommes, d’effacer les femmes de la vie intellectuelle et politique. Les hommes de l’Académie Française n’étaient pas franchement qualifiés pour ce travail (un peu comme aujourd’hui, oups, je l’ai dit). Ainsi, il y avait des tas d’hommes qui n’avaient jamais écrit un livre de leur vie, et qui n’ailleurs n’avaient aucune compétence que ce soit en littérature comme le petit cousin de 17 ans de Richelieu, nommé là, comme beaucoup d’autres pour des histoires d’échanges de services. Mais tout ce petit monde s’est cru très expert et s’est pris très au sérieux (sauf sur la question du dictionnaire supposé être la raison d’être de l’Académie et sur lequel personne n’a strictement rien branlé pendant des décennies). À l’époque, on disait philosophesse, poétesse, autrice, mairesse, capitainesse, médecine, peintresse, etc. Tous ces mots ont été supprimés pour ne garder que leur masculin : philosophe, poète, auteur, maire, etc. C’est une façon de dire aux femmes qu’elles n’avaient pas de légitimité dans ces professions. Qu’elles n’avait rien à faire là, si tu préfères. On voulait les renvoyer à la vaisselle et à l’éducation des enfants. Par contre, on a gardé « l’actrice » qui utilise son corps, car la femme ne devait plus être qu’un corps, elle n’avait plus le droit d’être un cerveau. ça ne posait pas de problème non plus de garder des professions comme « boulangère » qui ne représentait pas de pouvoir intellectuel et donc pas de menace pour le clergé.

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L’Académie Française, qui au fil des siècles a su conserver son esprit bibite et coucouilles.

Cette réforme est allée très loin, puisqu’on a changé le genre de nombreux noms communs à cette époque. Tout ce qui était négatif, mou ou soi-disant féminin devait être associé aux femmes (« la douceur »). Tout ce qui était positif ou puissant devait être associé aux hommes (« le pouvoir »). C’est pour cela qu’on dit UNE erreur : ce mot était initialement masculin. Évidemment, ça n’a pas marché pour tous les mots ! Les Français n’ont jamais accepté de dire « la caprice » par exemple, comme l’Académie Française le préconisait. Il y a aussi des mots qui ont posé problème. Jusqu’à Napoléon, on avait décidé que « l’aigle » serait féminin, du fait de sa finale en « e ». On disait une aigle. Problème : Bonaparte voulait en faire son emblème ! Comme le féminin était estimé dégradant, on a changé le genre de l’aigle qui est devenu masculin.

C’est aussi de cette époque que vient la règle du masculin dominant dont tu as dû déjà entendre parler. Le grammairien Nicolas Bauzée a ainsi dit : « le genre du masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle. » C’est pour cela que nous avons cette règle pas du tout logique en France qui veut que l’on écrive : une chaussette, une culotte, un pantalon, une paire de lunette et une chaussure noirs. Au masculin. Alors qu’il aurait été bien plus simple de conserver la règle de proximité qui prévalait auparavant. C’était pour expliquer aux femmes qu’elles n’avaient aucune importance.

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Marie de Gournay, mais l’Histoire te dit qu’il n’y a pas eu de femmes de lettres. Chut.

Au XVIIe siècle, les femmes célèbres comme Marie de Gournay, Jacqueline de Mirmont ou Charlotte de Brachart ont beaucoup protesté, elles ont écrit de nombreuses lettres publiques qu’on a aujourd’hui retrouvées. Malheureusement, elles aussi ont été effacées de l’histoire. Si tu n’entends pas beaucoup parler de femmes célèbres à l’école, ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas existé, c’est parce qu’elles ont été effacées par des hommes, comme Besherelles ou Diderot, qui voulaient garder le pouvoir pour eux. L’Histoire a été réécrite. « Comment ont-ils fait ? » te demandes-tu. C’est simple : ils ont refusé catégoriquement de les faire apparaître dans leurs grammaires et encyclopédies, leur préférant des auteurs masculins parfois très médiocres quand ils manquaient d’exemples, alors même que dans ces siècles, les best-sellers étaient écrit par… des femmes. Comme on s’est appuyés sur leur travaux pour définir qui méritait d’être connu pendant ces siècles, les femmes ont disparu de l’Histoire et de ton programme scolaire par la même occasion.

Pour revenir à ta question, dans les années 90, au Québec qui est une nation francophone moins sexiste que la France, on s’est aperçu de cette injustice qui consistait à nier les femmes en déclinant tous les mots au masculin. Mais toutes les recherches que je viens de t’expliquer n’étaient pas encore très populaires. On avait oublié pourquoi la grammaire et les mots effaçaient les femmes : on pensait même que c’était le hasard ! Alors, on a inventé « auteure », c’était une petite revendication discrète et assez moderne. Auteure est un néologisme, c’est à dire un mot nouveau. La Suisse et l’Afrique Francophone, de leur côté, n’ont aucun problème avec le terme « autrice ».

En France, les gens qui ne savent pas tout ce que je viens de t’expliquer ou bien qui sont misogynes (c’est à dire qu’ils détestent les femmes), préfèrent dire et écrire « auteur ». Ils pensent qu’autrice est un barbarisme. Moi je pense que ce qui est barbare, c’est de vouloir effacer la moitié de l’humanité : les femmes.

Donc, même si j’ai autrefois pu écrire « auteur » et même « auteure », j’écris aujourd’hui autrice car je revendique mon droit en tant que femme à exister et à écrire des livres. Ce n’est pas facile, car ça ne me vient pas facilement, mais j’essaie de faire l’effort, et peu à peu… je m’habitue.

J’espère que tu revendiqueras ce droit, toi aussi.

De toute façon, il est important que tu saches qu’une langue vivante évolue et se transforme tout le temps. C’est normal. Une langue qui ne change plus est une langue morte qu’on ne parle plus.

Il est important que tu connaisses ta langue et apprennes son histoire. Quand ce sera fait, tu pourras faire comme moi et d’autres auteurs/autrices, penseurs, universitaires, etc, et essayer d’imposer ta vision de la langue. Tu l’as compris, les mots ont un grand pouvoir. C’est pour cela que Richelieu s’est immiscé dans un domaine où il n’avait a priori rien à faire. Et c’est pour ça que la question que tu as posée est très importante. J’espère que tu garderas ma réponse en mémoire. Je suis consciente que je t’écris des choses compliquées et que tu ne comprendras peut-être pas tout immédiatement. Mais je sais que tu es une petite fille très intelligente et que tu réfléchiras à tout ça. »

C’était la version pour enfants, si vous voulez la version pour adulte, sans simplification outrancière, je vous invite à lire ces deux articles :

http://siefar.org/wp-content/uploads/2015/09/Histoire-dautrice-A_-Evain.pdf

http://sexes.blogs.liberation.fr/2015/05/31/le-mot-autrice-vous-choque-t-il/

Après quoi, j’espère que vous ne direz plus jamais « rho la la ! mais c’est un hasard si le masculin l’emporte sur le féminin ! » ou bien « mais elles ont pas d’autres chats à fouetter, ces féministes ? ». De mon côté, j’estime au contraire qu’il n’y a pas de combat plus urgent, car le langage est la base de tout. « Au commencement était le verbe » disent même certains. Et je crois que l’absence d’égalité dans le monde est la cause d’à peu près tous ses maux.

Edit 25 février 2017 : cet article ayant un succès qui me laisse encore perplexe, et n’ayant plus l’occasion de le matraquer sur ma page FB, je précise que vous trouverez toutes ces informations et bien d’autres détails encore plus croustillants dans deux petits chefs d’oeuvre aux éditions iXe, avec la très grande universitaire Éliane Viennot en tant qu’autrice : Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! et L’Académie contre la langue française – le dossier « féminisation ». Je précise que ce sont des travaux universitaires et que la moindre ligne est donc étayée par une source.

61 Comments

    1. Pour la faute, vous êtes tout pardonné, tout le monde en fait en tapant sur son clavier, moi la première. Pour la réécriture de l’histoire… un peu moins. Mais vous m’avez l’air de bonne foi. Je pense donc qu’il suffirait de vous mettre les preuves sous les yeux pour vous donner à réfléchir.
      C’est amusant que vous citiez la Scudéry, car nos manuels littéraires eux ne s’en souviennent pas. Je vous conseille donc « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin » d’Eliane Viennot, qui explique, entre autres choses, comment les autrices et écrivaines ainsi qu’on les nommait jusqu’au XVIIe sans que cela ne pose de problèmes à d’autres qu’au clergé, se sont fait bouter hors des dictionnaires et manuels scolaires alors même qu’elles tenaient la tête des ventes en littérature… par la gracieuse intervention de Malherbe, Diderot et Bescherelle en particulier, pour les plus acharnés des misogynes (extraits à l’appui, vous allez voir, c’est délicieux). Ce petit livre pas très long à lire, mais diablement étayé en recherches et citations ne vous décevra pas, vous avez ma parole. Et je pense qu’après l’avoir lu… vous réviserez votre jugement.

  1. Depuis le XVIIe siècle il y a une règle très simple du français qui en règle la prosodie et que le groupe de Port-Royal a défini dans sa Grammaire raisonnée: on appelle ça la règle de cacophonie, la même qui explique la disparition du subjonctif imparfait dans la langue courante, ainsi que la cadence majeure dans la syntaxe. Pour ma part, autrice est vraiment un terme laid, de même qu’auteure, qui, morphologiquement, est une véritable hérésie. Quant à l’idée que les femmes de lettres ont été effacées de l’histoire par les vilains machos de l’Académie… sérieusement les filles? Vous parlez du siècle des Précieuses là, tous les hommes de la Cour étaient à leurs pieds, voyez Mme de Sévigné ou la Scudéry. Qui plus est, auctrix n’est réservé dans la langue latine qu’aux divinités; c’est une épithète démiurgique, quand auctor a évolué sémantiquement. L’idée de repomper sur auteur son sens pour le plaquer sur auctrix c’est, en un sens, de la phallocratie.

    Bien à vous,
    AP

    1. Je vois que mes homologues masculins abondent dans un sens raisonnable tout en étant correct, ce qui n’est pas le cas de vos propos. Je passerai donc le passage où vous m’avez traité d’imbécile, de misogyne, de raciste et de je ne sais quoi d’autre. Selon les commentaires, il est évident que vous ne bougerez pas d’un iota de vos positions, Dieu dusse-t-il intervenir en personne pour vous donner des arguments qui ne sont que du bon sens. Je passerai également sur le fait très curieux que votre page Facebook indique  » Audrey Alwett Auteur « . Ce n’est pas la peine de vouloir nous convaincre que le mot  » autrice  » est plus adéquat si c’est pour ne pas l’utiliser. Concernant  » autrice « , vous faites référence à des sources universitaires (écrits par des femmes évidemment) mais les nôtres ( qui sont aussi universitaires) ne seraient pas dignes d’intérêt. J’ai lu très attentivement l’article d’Aurore Evain que vous évoquiez et il me semble que vous déformez ces propos. Lorsqu’elle fait référence à  » depentrix et dei auctrix « , elle énonce le pouvoir créateur de l’ « auctor  » que j’avais souligné dans mon premier message. Il ne s’agit donc pas là de la capacité de la femme à écrire mais bien à créer. C’est également pourquoi la femme dans les initiations ancestrales est associée à la notion de matière. C’est bien beau de nous citer Elianne Viennot à longueur de temps (que personne ne connaît) mais il va falloir que vous appreniez à être humble et aller un peu étudier l’histoire. Ce qui importe, c’est que tous nous ayons le droit d’écrire, hommes et femmes, et plutôt que de tergiverser sur un sujet dont tout le monde se fout, vous devriez vous mettre un peu au travail car pour l’instant les grands auteurs de l’Histoire n’ont que faire d’Elianne Viennot. C’est le talent qui reste dans l’Histoire de l’écriture et non l’agressivité de quelque idéologue.

      1. Monsieur Serre.
        Au début, je m’étais dit que j’allais vous répondre point par point, citations à l’appui, explications, pédagogie, tout ça. Je vous aurais parlé du fait qu’on ne peut pas écrire « autrice » sur FB, mais que ça a justement déclenché une réflexion chez des collègues ces derniers jours. J’aurais souligné le fait que je ne vous ai jamais traité de raciste, même s’il reste intéressant que vous vous sentiez directement concerné dès qu’on évoque cette notion. Etc. Ect. Et puis, j’ai relu votre commentaire…
        A partir du moment où on invoque « Dieu » dans son argumentaire, c’est que la logique et la raison ont foutu le camp depuis longtemps.
        Sur ces mots, et bien que vous vous étonniez encore de vous faire botter le train alors même que vous venez déféquer sur mon paillasson, je vais clore les commentaires de cet article. Je crois que tout a déjà été dit. Et pour ma part, je suis passée à autre chose depuis déjà plusieurs jours. Allez troller ailleurs, merci.

    1. Je crois que je vais faire un petit « edit » sur cet article, pour mettre en avant l’argument de certains sur « auteure ». On me dit parfois que cette forme est plus moderne qu’autrice, et qu’on peut être favorable à une modernisation de la langue. De mon côté, je trouve cet argument tellement valable que j’aurais presque envie de m’y rallier… si seulement on l’entendait à l’oral. Bref, je m’interroge, moi aussi.

  2. Merci pour ce (presque) petit pamphlet… Je préfère de loin dire et écrire « autrice ». « Auteure », ça fait un peu… je féminise, mais j’ignore que l’on peut dire « autrice »… Tous ces derniers temps, mon courrier m’est apporté par une factrice et non par un facteur. J’ai croisé une une conductrice au volant d’une voiture… J’espère qu’on ne dit pas encore « conducteure »… Si ? Ah ! 🙂

  3. et le langage des oiseaux ?
    vous en faites quoi ?
    dans auteur & auteure
    on entend aussi hauteur
    dans autrice
    je ne peux pas ne pas entendre aussi
    au tri s-électif
    !!!
    pas besoin de vous dire lequel je préfère
    un amoureux de la langue parlée & donc vivante
    l’autre à vrai dire je m’en fout
    she’s dead

  4. Dans cet article comme dans la plupart de leurs écrits, les défenseurs de cette idée qui consiste à féminiser tous les noms de métiers, fonctions, grades et titres, font toujours fi du fait que, en français, c’est le masculin qui officie en tant que genre neutre (à défaut d’en avoir un propre comme dans certaines langues). Or, comme le rappellent les immortels de l’Académie française, dans certains cas :
    ”Les fonctions n’appartiennent pas en effet à l’intéressé : elles définissent une charge dont il s’acquitte, un rôle qu’il assume, une mission qu’il accomplit. Ainsi ce n’est pas en effet Madame X qui signe une circulaire, mais le ministre, qui se trouve être pour un temps une personne de sexe féminin ; mais la circulaire restera en vigueur alors que Madame X ne sera plus titulaire de ce portefeuille ministériel. La dénomination de la fonction s’entend donc comme un neutre et, logiquement, ne se conforme pas au sexe de l’individu qui l’incarne à un moment donné.”

    Il faut tout de même rappeler que l’Académie française n’est pas hostile à la féminisation de certains mots quand cela est justifié et possible. Dans la 8e édition de son Dictionnaire (1935), elle a inclu “postière”, “aviatrice”, “pharmacienne”, “avocate”, “bûcheronne”, “factrice”, et bien d’autres. Il n’empêche pas moi que ladite académie a pour l’instant, à mon sens, la réponse la plus sérieuse et la plus claire qui soit vis à vis de cette polémique de féminisation radicale des noms de métiers, fonctions, grades et titres. Une féminisation massive qui ne relève par ailleurs que de la construction idéologique en omettant de surcroît l’approche théorique, méthodique et rigoureuse. Car comme je pourrais le faire remarquer, ce putsch idéologique sur la langue de Molière rencontre très vite des contradictions évidentes. Il est établi que c’est le masculin qui fait office de genre neutre. Mais notre belle langue française est faite d’exceptions (cela fait en partie son charme) et je m’attarderais sur une d’entre elles pour mettre en lumière une de ces contractions. Si nous prenons une “sentinelle”, (au sens du garde qui protège, surveille et fait le guet), ce terme définit la fonction d’une personne et a pour particularité d’être féminin. Si nous appliquons le concept idéologique moderne dont il est question et qui consiste non pas seulement à féminiser un mot, mais à lui donner une forme grammaticale supplémentaire pour insister sur le particularisme de la personne qu’il désigne, alors il devrait en être de même pour des mots déjà féminins comme sentinelle. Si c’est un homme sentinelle, doit on dire un sentineau ? Ou un sentinel ?

    Le problème de fond est que toute cette polémique repose uniquement sur une pulsion (un acharnement ?) idéologique. Et à partir de l’idéologie on fait et on défait beaucoup de choses. Si c’est le particularisme de chacun qui doit influencer l’orthographe, cela pose de nombreux autres problèmes de facto. Si l’on suit la logique égalitariste qui sous-tend cette idéologie, alors se pose le problème de la reconnaissance du particularisme des transsexuels et des personnes qui se définissent comme « agenre ». Une reconnaissance qui fait partie du logiciel idéologique des défenseurs de cette idée. Comment ces personnes vont elles écrirent leur nom de métier ? Auteur ? Trop « homme » sûrement. Auteure, autrice ? Trop « femme ». Faut il donc inventer un autre mot ? Créer une nouvelle règle dans le système grammatical qui inclurait un sujet « non genré » ? Comme anglais ? Après tout cela à été fait en Suède. Sauf que dans la structure de la langue française, nous n’avons pas de genre neutre propre, et c’est bel et bien le masculin qui occupe ce rôle. Et si toutefois cela ne nous convient toujours pas, on peut toujours parler anglais. Au moins cette langue comporte un sujet féminin, masculin et neutre (he, she, it).

    Le second problème est que cette polémique est principalement menée par des activistes sans aucun fondement théorique et aucune approche méthodique rigoureuse. Ce qui est plus grave encore, c’est que des responsables politiques, du PS notamment, par stratégie électorale, soutiennent et propulsent cette réforme. Cependant, comme le souligne l’Académie française :
    “Aucun texte ne donne au gouvernement « le pouvoir de modifier de sa seule autorité le vocabulaire et la grammaire du français ». Nul ne peut régenter la langue, ni prescrire des règles qui violeraient la grammaire ou la syntaxe : elle n’est pas en effet un outil qui se modèle au gré des désirs et des projets politiques. Les compétences du pouvoir politique sont limitées par le statut juridique de la langue, expression de la souveraineté nationale et de la liberté individuelle, et par l’autorité de l’usage qui restreint la portée de toute terminologie officielle et obligatoire. Et de l’usage, seule l’Académie française a été instituée « la gardienne ».”

    Concernant le volet historique de l’article, je ne puis répondre en qualité de spécialiste. L’aide d’un historien serait intéressante et bienvenue pour tirer au claire ces allégations. Cependant, je constate que c’est encore une fois la même lecture idéologique (encore elle) qui tend à regarder l’Histoire à travers le prisme de la domination de l’homme sur la femme. Une domination fantasmée. Car si l’on peut très bien regarder l’Histoire du monde à travers une rivalité des sexes, c’est parce que la société traditionnelle reposait sur une division du travail qui s’organisait autour d’une division des sexes et non sur un pur rapport de domination exploitant/exploité (il y a eu des exploitants femmes). C’est à dire le travail de reproduction de l’espèce et le travail de subsistance de l’espèce. Le premier étant de fait assumé par la femme (c’est elle qui met au monde) et le deuxième par l’homme. Cela entraîne alors une répartition des tâches qui marque une différence entre les deux sexes. Mais une différence nécessaire puisque ce sont deux systèmes complémentaires, je dirais même consubstantiels l’un de l’autre.

    Concernant le mot « autrice », voici l’explication d’un ami grammairien :

    1-Dans un premier temps, « auctor » signifie « celui qui fait croître ».

    2-C’est beaucoup plus tard qu’il donnera le sens de « écrivain » avec « auctorem » -> « auteur ».

    3-« auctrix » qui donne « autrice » est le féminin de « auctor ». « autrice » n’a jamais eu le sens d’écrivain mais plutôt de « celle qui produit, qui augmente, qui crée (au sens divin), celle qui a vendu ». Exemple : « Ave Maria, O auctrix vitae » (Je vous salue Marie, origine de la vie)

    4-Donc « autrice » pour parler d’un « écrivain » est un contre-sens car c’est « auteur » de « auctor » et « auctorem » qui donne cette signification. « auctorem » est uniforme pour désigner un écrivain qu’il soit homme ou femme.

    5-Pour ce qui est de « auteure », ce mot est inconcevable car il devrait découler, d’un point de vu grammatical de « auctoram » qui n’existe tout simplement pas.

    On peut noter aussi beaucoup d’autres erreurs facilement décelables comme le fait qu’on a soit disant mis délibérément au féminin des mots qui font référence à des choses « moles » ou « négatives ». Le mot « douceur » est utilisé à titre exemple. Déjà, dans un premier temps, il faudrait expliquer en quoi la douceur est quelque chose de négatif ou de mou (mais la rigueur n’est pas nécessaire apparement dans ces articles). Ensuite on découvre que en latin, « douceur » est déjà féminin -> « dulcedo » ou « dulcitudo ». Il l’est également en ancien français (utilisé jusqu’au XIVe siècle) avec « dolceor ».

    « Poétesse » est attesté en ancien français comme en français moderne. Et c’est normal puisqu’au Moyen Âge les femmes auteurs étaient légion.

    Actrice demeure parce que (et ce malgré des exceptions) il faut être une femme pour jouer une femme au théâtre jusqu’à preuve du contraire.
    Donc on est obligé d’avoir le couple acteur/actrice.

    Cette polémique soulève de nombreuses questions d’ordre historique, philosophique, linguistique, grammaticale ou encore sémiologique. Des questions auxquelles je ne puis répondre car malheureusement, je ne suis ni philologue, ni philosophe, ni grammairien, ni linguiste, ni historien. Laissons donc à des spécialistes le soin de tirer au clair ces questions.

    Pour en savoir un peu plus, je mets à disposition deux liens concernant ce sujet. Ce sont des textes de la fameuse Académie française “bibite et coucouilles”. (Académie qui au passage comprend plusieurs femmes comme la brillante Hélène Carrère d’Encausse). Un condensé de sérieux et de rigueur qui contraste selon moi avec la frivolité de cet article de défense de la féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres.

    http://www.academie-francaise.fr/actualites/la-feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-ou-titres-mise-au-point-de-lacademie

    http://www.academie-francaise.fr/actualites/feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-et-titres

    1. Tiens, un masculiniste selon mon cœur…
      C’est amusant que vous appeliez « idéologie » une ribambelle de faits historiques. Ce que vous appelez par ailleurs putsch a pourtant déjà eu lieu, c’était il y a trois siècles et contre les femmes. Manifestement, vous vous êtes bien gardé de cliquer sur les sources que je présentais en fin d’article et rédigées par des universitaires. C’est tout de même plus facile de pousser tout ça sous le tapis, en caquetant que ça n’existe pas, c’est certain.
      Je ne vais pas répondre à tout, mais sachez que le neutre n’existe pas en France. Si la question transgenre vous intéresse, sachez qu’elle est étudiée avec beaucoup d’intelligence par les éditions iXe et ses auteurs/autrices qui ont la plupart du temps un doctorat en littérature. Vous pouvez aller faire un tour par chez eux.
      Pour vos propos reportés de l’Académie Française : « Les fonctions n’appartiennent pas en effet à l’intéressé », je vous rappelle que sur cette affaire, ils se sont pris une fessée par Marie Darrieussecq qui connait mieux qu’eux l’histoire de la langue, c’était dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/culture/article/2012/01/14/genre-le-desaccord_1629145_3246.html?xtmc=masculin_l_emporte_sur_le_feminin&xtcr=20
      Avait-on besoin d’une nouvelle preuve que l’Académie est hostile à la féminisation ? C’est bien gentil de souligner que non, car elle compte quatre pauvres femmes dans ses rangs… Jamais plus, et en savez-vous la raison ? C’est que le quotat maximal de quatre a été imposé l’année 1770. Il ne fallait surtout pas que ces messieurs se sentent envahis.
      Vous n’avez que le mot idéologie à la bouche… C’est plutôt amusant quand on voit l’énergie que vous mettez à déployer la vôtre, vous cachant derrière trois citations de l’Académie, une glose pas trop mal tournée (mais qui hélas n’a jamais suffi à faire tenir debout un argument bidon) et des croyances, dont on a aujourd’hui démontré qu’elles étaient fausses. Je relève juste celle-ci :
      « c’est parce que la société traditionnelle reposait sur une division du travail qui s’organisait autour d’une division des sexes et non sur un pur rapport de domination exploitant/exploité (il y a eu des exploitants femmes). C’est à dire le travail de reproduction de l’espèce et le travail de subsistance de l’espèce. Le premier étant de fait assumé par la femme (c’est elle qui met au monde) et le deuxième par l’homme. Cela entraîne alors une répartition des tâches qui marque une différence entre les deux sexes. » Cela va vous faire un choc, mais c’est on ne peut plus faux. Depuis vingt ans, les chercheurs ont démontré que cette lecture patriarcale n’était que le reflet de notre propre projection sociale sur cette société antérieure qui était plus égalitariste que la notre. Les femmes chassaient autant que les hommes. Par contre, ce sont en majorité des femmes qui sont autrices des peintures rupestres.
      Pour la suite, c’est mignon d’aller voir un ami grammairien (youpi, il sait ouvrir un Gaffiot, dommage qu’il se plante complètement à partir du point 3), mais auctrix était bel et bien utilisé par les latins. Si vous souhaitez vous renseigner auprès de gens qui ont vraiment bossé la question, vous cliquez sur le 2e lien en bas de mon article. Attention, cette lecture pourrait remettre en question vos préjugés !
      Il y a quelques raccourcis et facilités dans mon article (dont je n’aurais d’ailleurs pas imaginé le succès), c’est vrai. Mais je les reconnais et je renvoie assez vers les sources « pour adulte », que vous vous êtes bien gardé de lire ! Vous avez alors beau jeu de m’accuser de ne faire reposer mes arguments (que vous appelez idéologie avec une grande mauvaise foi) sur rien… C’est un peu facile.
      L’Académie Française a beau s’en cacher, elle est née politique et est bien partie pour le rester. Dès qu’on soulève un peu les cartes, on y détecte des jeux de pouvoir pas franchement élégants. Quelque part, vous restez logique avec vous-même. Vous vous laissez impressionner par son tralala et vous y soumettez… ce qui vous conduit à cette petite bafouille bien tournée, dont vous espérez qu’elle va m’impressionner à son tour. Je suis désolée de vous décevoir, mais je suis passée par le chemin des lettres classiques. J’ai un master en littérature et ai plongé trop souvent et trop loin dans les bibliothèques universitaires pour m’arrêter au seul emballage d’un texte. Vous précisez sans arrêt que vous n’êtes pas un expert, c’est modeste à vous de le reconnaître. J’ai quant à moi le niveau requis pour me pencher sur ces questions.
      Quand vous écrivez : « Cependant, je constate que c’est encore une fois la même lecture idéologique (encore elle) qui tend à regarder l’Histoire à travers le prisme de la domination de l’homme sur la femme. Une domination fantasmée. », vraiment je ne sais si je dois rire ou pleurer !
      Je n’imagine pas qu’en étant doté d’une telle mauvaise foi (vraiment, comment pouvez-vous méconnaître l’histoire à ce point?), vous ayez réellement envie de vous documenter. Mais sait-on jamais… Au cas où, je vous invite à lire « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin », d’Eliane Viennot. C’est étayé, documenté, tout ce que vous prétendez aimer. L’anecdote de la masculinisation de l’aigle et du sphynx devrait vous plaire : elle vient directement des archives de l’Académie.

  5. Un grand merci pour ce billet à la fois clair, bourré d’informations et tendre (j’aime cette « adresse à une petite fille de 8 ans »).
    Pour ma part, après avoir utilisé « auteure » à tout va, j’en suis revenue et ai remis tous mes mots au masculin.
    Je savais qu’autrice était la forme « préconisée » mais j’ai du mal à m’y faire.
    D’un autre côté, si nous autrices ne l’utilisons pas alors qui le fera ?
    Tu m’as convaincue. 🙂

  6. Dommage d’avoir écrit la question que tu as posé (au lieu d’accorder le participe passé au féminin) ! C’est d’ailleurs une erreur de plus en plus fréquente, hélas.

      1. L’orthographe correcte est : la question que tu as posée (et non la question que tu as posé). Le participe passé posé s’accorde avec le COD « que » dont l’antécédent est « question » (féminin singulier).

  7. Je crois que l’usage de « québécquois/québécquoise » est désuet… on écrit plus couramment « québécois/québécoise ».

    1. Merci, c’est gentil de l’indiquer. J’étais pourtant allée vérifier l’orthographe (car j’ai toujours un doute), mais du coup, maintenant je suis fixée.

  8. Puis-je me permettre de défendre les actrices -dont accessoirement je suis – qui n’utilisent pas que leur corps.

    1. Vous pouvez, mais attention au quiproquo. On parle d’une perception du XVIIe/XVIIIe où l’actrice était vue comme une courtisane de bas étage, pas de la perception contemporaine 🙂

  9. Je reste perplexe face à ce désir de « féminiser » les mots avec « auteure », « autrice » »doctoresse » etc… , non pas parce que je suis un affreux sexiste, mais parce que je serais plutôt favorable à une grammaire de type anglo-saxonne, où littéralement, la notion de genre grammatical disparaîtrait, et où la quasi-totalité des mots seraient neutres, sans modification du masculin au féminin. En anglais, il n’y a pas de pluriel masculin ou féminin, mais un pluriel générique « they ».
    Ainsi, aucun mot n’aurait de connotation « masculine » ou « féminin » et chaque mot utilisant une profession serait indifféremment masculin ou féminin.
    Au fond, qu’apporte le genre à la grammaire à part une complexité supplémentaire?
    PS : les pays anglosaxons sont aussi sexiste que la France, malgré cette grammaire « neutre ».

    1. Parce que même en anglais les biais font que lorsqu’on s’imagine un groupe neutre (« ils traversent la rue », « ce sont des auteurs », …), dans l’image qui se forme dans notre esprit ce groupe n’est généralement pas diversifié. Et ainsi lorsqu’on évoque un neutre (« un banquier », « un marcheur »…) on part du principe qu’il s’agit d’un homme ..jusqu’à preuve du contraire.

      Donc ce serait idéal mais en pratique ça ne fonctionne pas bien. :/

      1. Je ne sais pas : les mots n’ont aucune connotation genrée en anglais : de plus, je pense que qualifier par exemple un homme de « docteur » et une femme de « doctoresse » un homme d' »auteur » et une femme d' »auteure » ou « autrice » implique qu’un docteur ou un auteur est un homme et non un titre ou une profession, qui, dans un monde égalitaire, serait neutre. De toute façon, le mot féminin serait une variation au féminin de la racine de base qui est masculine, alors qu’à mon sens, le fait même que le mot de base soit vu comme masculin est le problème. Ajouter un « e » signifie féminiser un mot, et donc est une confirmation que le mot « de base » est masculin : même le mot « infirmière » très connoté féminin est en réalité une adaptation du mot de base « infirmier » masculin. N’est il pas problématique qu’il faille modifier un mot pour lui retirer une connotation masculine lorsqu’il est écrit sans modification?
        De plus, cet a priori dont vous parlez est lié à des siècles de patriarcat, et non au mot lui même.

    1. Merci pour ce partage ! Par contre, pour répondre à votre article, sachez qu’au XVIIe on disait encore « écrivaine ». Ce féminin a lui aussi été effacé.

      1. Je suis ravie de lire cet article et de constater tout l’intérêt qu’il suscite chez les lecteurs et lectrices. Je suis Québécoise et il est vrai que nous avons lutté fermement dans les années 1970 pour l’égalité entre les sexes. De ce fait, la loi fait en sorte que femmes et hommes doivent être engagés en nombre égal. Or, dans notre langage, on a vu apparaître la féminisation de plusieurs professions. Dans l’arrondissement de Sainte-Foy, on a connu une mairesse qui avait du cran et le mot est devenu monnaie courante. Quand on parle de Marie Laberge, on dit qu’elle est une excellente écrivaine. Reste encore qu’on doit encore dire madame la juge, je me demande si un jour on pourra dire la médecin non la médecine qui pourrait alors porter ambiguïté entre la profession et la science.

        Oui, les mots ont un pouvoir et ils sont le reflet de la représentation qu’on se fait des situations, des personnes, des évènements. Vous comprendrez que je n’ose écrire de la réalité, car comme tout est une question de perception, que sait-on vraiment de ce qu’on appelle la réalité ? C’est à partir de ce qu’on comprend de ce qui nous entoure et de nos expériences que nous choisissons les mots pour nous dire au monde. À ce titre, je vous suggère de lire Le plein pouvoir des mots de Shelley Rose Charvet.

        Pour terminer, tout ce débat entourant le rôle de l’Académie française et du clergé à l’égard de la place des femmes à piqué ma curiosité. Il serait intéressant de questionner la linguiste et spécialiste des rectifications orthographiques, Chantal Contant. Et à ceux qui prétendent qu’orthographe pourrait s’écrire avec un f, je vous rappelle que puisque le mot vient du grec, il conservera son ph; il en est autrement pour nénufar qui vient de l’arabe. C’est l’Académie française qui a erré en supposant, il y a quelques décennies, qu’il venait du grec et qui a proposé qu’on l’écrive avec un ph alors qu’il s’était toujours écrit avec un f.

        Vous voulez en savoir davantage sur les raisons qui justifient les rectifications orthographiques, je vous recommande le vademecum des rectifications orthographiques disponible sur le site http://www.orthographerecommandee.info

        1. Merci pour ce petit billet plus qu’instructif !
          Je ne connaissais ni Shelley Rose Charvet, ni Chantal Contant, je vais me pencher sur leurs travaux !

  10. Je me rappelle d’avoir eu il y a quelques années des conversations un peu tendues à propos du mot auteure que j’utilisais et que d’aucunes trouvaient horribles. Pour ma part, à l’oreille il n’y avait pas de différence et j’affirmais assumer le fait d’être femme et auteure. J’avais vraiment l’impression que certaines de mes collègues pensaient qu’être auteure avec ce e diminuait le prestige de ce métier.
    Puis j’ai été invitée fin 2016 à un salon particulier en tant qu’autrice. J’ai cru à une erreur. Puis je me suis renseignée. Et enfin arrive votre article, informatif, clair, intelligent et finalement la cause de la disparition de ces mots dont vous parlez ne m’étonne pas vraiment. Merci ! J’ai encore un peu de mal à l’oreille mais je vais m’habituer…

  11. Merci beaucoup pour cet article très intéressant ! Je vais m’empresser de le partager sur ma page Facebook.

    J’utilise le terme « autrice » depuis quelques années, et si au début, il fallait que je me force, maintenant il me semble tout à fait naturel. Il faut que je m’y mette pour « médecine », « vainqueuresse », etc.

    A ce sujet, j’ai une fois lu que « conductrice » sonnait aussi « moche » à une époque, mais c’était également par manque d’habitude…

    Sinon, j’ai l’impression qu' »autrice » est de plus en plus utilisé, et je trouve que c’est une bonne nouvelle !

    PS : juste, je crois qu’une petite coquille s’est glissée dans votre texte « Qu’elles n’avait rien à faire là » –> avaient

  12. Voici un article qui m’a bien fait cogiter. A titre perso, je me qualifie d’auteur. Mais si un jour j’en viens à féminiser ce nom, j’opterai pour autrice, et non auteure. J’ai du mal à féminiser le mot, et je crois que c’est en grande partie dû à mon éducation et à mon âge. J’espère que la jeune génération n’aura pas ces difficultés !

    Audrey, auriez-vous une source à propos de l’action de censure de Richelieu ? Le partage de cet article sur facebook a déclenché une discussion assez intéressante.

    1. Je vais être franche, j’ai un poil chargé Richelieu sur ce coup-là (j’avais besoin d’un méchant pour mieux m’expliquer). Mais ce n’était néanmoins pas immérité. En fait, la « querelle des dames » est surtout le fait du clergé qui s’était placé dans le clan de la « vitupération des femmes ». Richelieu ayant pour ainsi dire eu des pouvoirs inégalés jusqu’ici pour un membre du clergé a véritablement cristallisé la bataille et a tout fait pour que les femmes qui jusqu’ici tenaient le front avec brio commencent à perdre la bataille. C’est le moment de la chute des femmes de lettres… qui écrivaient alors les plus gros best-sellers de l’époque ! Je n’ai hélas pas retrouvé l’article, pourtant connu, qui m’a servi pour répondre à cette petite fille. Toutefois, la plus grosse mine d’or sur ce sujet que vous pourrez trouver reste l’excellent livre « Non, le féminin ne l’emporte pas sur le masculin » d’Eliane Viennot.

  13. Certains devraient revoir leur grec (et leur latin) avant de se lancer dans des explications étymologiques:
    @serre: (je cite) » L’origine de nos mots est grecque, il serait donc intéressant d’aller étudier l’Antiquité Grecque. Je ne vais même pas faire l’effort de rentrer dans les détails tant il émane de votre article un parfum de féminisme (mot qui nous vient du latin Femina par Alexandre Dumas et qui ne date que du dix-neuvième siècle) car le mot féminin, lui, provient du latin « femininus » et là encore, on ne peut pas dire que Richelieu y soit pour quelque chose.  »
    A savoir : « féminin » : adjectif qui vient de: « femme » – a la même étymologie que: « féminisme « (rappel : le suffixe en -isme….).
    Le mot « femme » nous vient du grec phuomai (« φυομαι » : « ce qui naît ») puis du latin « femina » au sens de l’être au féminin, ou « foemina » qui dérive de « foetare », « fœtus ».

    Il paraît évident pour toute personne ayant un peu de bon sens et connaissant quelque peu l’origine des langues que l’étymologie de « féminisme » et « féminin » provienne du même mot. Inutile d’essayer d’aller chercher des explications bancales sur la wikipédia pour combler ses lacunes.

    Et sinon, en France, on utilise facilement le mot « auteure » ^^

    1. C’est vrai, on utilise facilement auteure en France. ça correspond d’ailleurs à une volonté de moderniser la langue qui se défend tout à fait.

  14. MERCI, madame, pour cette analyse, qui est peu ou prou celle que je partage et essaie de propager en tant que prof de français et animateur d’ateliers d’écriture. OUI, le langue possède un immense pouvoir et ma formation linguistique ne fait que renforcer ce qui devrait être aujourd’hui un axe fort de l’éducation. OUI, une langue vivante est en perpétuelle évolution au risque, si elle ne bouge pas, de devenir une langue morte. OUI, les querelles actuelles faites à la ministre de l’Education Nationale sont VAINES (à propos de la réforme de ‘l’ortografe ») Bien qu’adepte du « beau langage » (cher aux élites et aux puissant(e)s…) peu me chaud de savoir si tel ou tel mot doit, ou non, comporter un accent grave ou circonflexe car ce mot, placé dans son CONTEXTE, a forcément un sens. J’ai trop l’occasion de me frotter à des jeunes en difficultés, à des illettré(e)s ou à des étranger(e)s en FLE(Français-langue Etrangère)pour défendre becs et ongles notre bonne vieille grammaire qui ne cesse de vous apprendre que « tous les mots qui… s’écrivent …SAUF…. », des règles dont les exceptions (qui, comme on le sait, « confirment la règle ! » : trop fastoche !) sont aussi nombreuses voire plus. Cela ne m’empêchera pas ni de savoir lire et écrire le françois, voire le latin et le grec des mes humanités…Mais ce qui m’importe le plus, c’est de transmettre aux jeunes une suffisante maîtrise de la langue écrite ET orale pour que ce moyen d’expression, de communication et de culture leur soit un atout, en tout cas un filtre contre l’obscurantisme et la soumission. Une ARME redoutable dont les puissants voudraient user (et dont certain(e)s abusent pour ne pas partager ce pouvoir tant décrié lorsqu’on ne l’exerce pas et si convoité que lorsqu’on l’a il est difficile de le partager…MERCI, madame.

  15. Bonjour. Lorsque j’ai lu votre article, je me suis dit que les hommes étaient vraiment d’horribles créatures, eux qui passent leur temps à désirer une condition d’esclave pour les femmes. Cependant vous ne me semblez pas véritablement esclave dans votre expression, ce qui montre une évidence flagrante d’égalité me semble-t-il. Je ne suis pas persuadé que vous soyez véritablement honnête concernant le féminin et le masculin des mots. Allez-vous dire que le mot  » intelligence  » n’est pas un mot positif et puissant ? Il est féminin n’est-ce pas ? Alors que racontez-vous ? Concernant l’étymologie du mot  » auteur « , elle date en réalité du douzième siècle (dictionnaire étymologique Bloch-Wartburg) et qui signifie  » celui qui accroît « . Elle est dérivée du latin  » augere  » qui veut dire  » augmenter « . Ce verbe était souvent utilisé par Cicéron au premier siècle avant Jésus-Christ. Il était d’ailleurs confondu avec le mot acteur qui avait la même origine. On ne peut pas vraiment dire que toute cette histoire nous vienne du dix-septième siècle… L’origine de nos mots est grecque, il serait donc intéressant d’aller étudier l’Antiquité Grecque. Je ne vais même pas faire l’effort de rentrer dans les détails tant il émane de votre article un parfum de féminisme (mot qui nous vient du latin Femina par Alexandre Dumas et qui ne date que du dix-neuvième siècle) car le mot féminin, lui, provient du latin « femininus  » et là encore, on ne peut pas dire que Richelieu y soit pour quelque chose. J’ai quand même bien peur que tout cela ne soit légèrement orienté dans un sens démagogique. Je ne vous parle même pas de l’histoire de la petite fille que je trouve limite. Vous auriez tout aussi bien pu lui expliquer que le mot  » misandre  » existait ( la haine des hommes) et qu’il avait la même étymologie que misogyne. Moi je dis que lorsque les femmes se permettent de haïr autant les hommes, c’est une belle forme d’égalité. Et enfin dernière chose, je crois que vous confondez  » genre  » et  » sexe « .

    1. Merci pour cette « analyse ». Auteur vient du mot auctor/auctrix, je regrette mais vous n’y pouvez rien. Evidemmment, auctor vient lui-même d’augere, qui a aussi donné actor/actrix. Ce qui à l’époque s’appelait déjà la « querelle des dames » est en effet antérieur au XVIIe mais s’est véritablement cristallisé au XVIIe. Il y avait d’un côté le clergé qui occupait tous les postes puissants, grands supporters de ce qu’ils appelaient eux-mêmes la « vitupération des femmes » et de l’autre… toutes les femmes qu’on a aujourd’hui effacées et qui étaient pourtant auteurs des plus grands best-sellers de leur temps (je vous rassure, on les a depuis retrouvées, et on les réhabilite très mollement).
      « Je ne vais même pas faire l’effort de rentrer dans les détails tant il émane de votre article un parfum de féminisme » > à vous lire, ce mot qui prône l’égalité homme/femme est très vilain.
       » le mot féminin, lui, provient du latin « femininus » et là encore, on ne peut pas dire que Richelieu y soit pour quelque chose »> vous cherchez certainement à démontrer quelque chose, mais je ne vois pas quoi… Dans deux minutes vous allez m’accuser d’avoir prétendu que Richelieu a inventé les femmes (???).
      « Vous auriez tout aussi bien pu lui expliquer que le mot » misandre » existait ( la haine des hommes) et qu’il avait la même étymologie que misogyne > non, car ce n’est pas le sujet. Par ailleurs, si j’avais expliqué à cette enfant le mot misandre, ç’aurait aussi été pour lui expliquer la popularisation de ce mot, qui provient avant tout d’un petit groupe accroché à ses privilèges et qui trouve scandaleux que le groupe opprimé depuis des siècles réclame les mêmes droits. Après quoi, je l’aurais probablement orientée vers les très intelligents articles de Commando Culotte Barbie VS Musclor, l’allégorie de la mauvaise foi ou bien vers l’article de Madmoizelle Le Sexisme anti-homme et pourquoi il n’existe pas.
      Ensuite, j’en serai probablement venue à lui parler de masculinisme et de mecsplication, dont vous nous fournissez ici un brillant exemple.
      « Moi je dis que lorsque les femmes se permettent de haïr autant les hommes, c’est une belle forme d’égalité » > grands dieux, vous avez cru que je haïssais les hommes. Pas du tout, je vous rassure, je hais juste les imbéciles, qu’ils soient hommes ou femmes, par ailleurs. Et l’homme de ma vie est tout à fait féministe, quoiqu’il préfère, comme c’est aussi mon cas, le terme « égalitariste » (qui peut aussi couvrir les problématiques homophobes, racistes, etc).
      Je reviendrais enfin sur votre première phrase :  » Lorsque j’ai lu votre article, je me suis dit que les hommes étaient vraiment d’horribles créatures, eux qui passent leur temps à désirer une condition d’esclave pour les femmes ». Personnellement, je trouve ça curieux et révélateur que vous vous identifiiez d’office aux misogynes, alors que pas une seule fois je ne parle « des hommes » en général, mais bien des misogynes en particulier. Heureusement, tous les hommes ne sont pas comme vous, ce n’est pas très gentil de votre part de les en accuser !
      Dernière chose, si vous souhaitez cesser de picorer dans les dictionnaires comme un sagouin, et que vous ne craignez pas de mesurer votre mauvaise foi à un texte universitaire réellement documenté, je vous recommande « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin » d’Eliane Viennot. Chaque élément énoncé y est soigneusement démontré.

      1. Ah, et j’ai oublié de vous répondre pour ce point !
        « Allez-vous dire que le mot intelligence » n’est pas un mot positif et puissant ? Il est féminin n’est-ce pas ? Alors que racontez-vous ? »
        Je vous réponds que vous avez mal lu mon article. Le genre de tous les mots n’a pu être changé, tout simplement car malgré la volonté de l’Académie, certains ne sont jamais passés dans les usages. Quant à l’intelligence, les textes que j’ai lu n’en font pas mention en particulier, mais l’hypothèse la plus probable me semble qu’intelligence provient tout simplement du latin intelligentia, lui-même féminin. Par ailleurs, il finit par un « e », ce qui a l’époque marquait fermement le rattachement au féminin (c’est à cette époque qu’on a commencé à parler de rimes féminines et de rimes masculines). Je pense que l’Académie, très attachée au latin, n’a pas dû vouloir (ou pouvoir ?) le transformer. Courage vient du grec et a une étymologie tout à fait différente. Il est donc lui, masculin.
        Une anecdote révélatrice, tout de même. Savez-vous qu’avant l’apogée de Napoléon Bonaparte, on disait « une » aigle ? Napoléon en ayant fait son symbole, on s’est hâté de le rendre masculin. La discussion sur la mascunilisation de Sphynx vaut elle aussi son pesant de cacahuètes et a été conservée. Je vous invite à la lire dans le livre d’Eliane Viennot qui vous offrira de nombreux autres exemples, étayés de discours de l’Académie Française dont elle a certainement de quoi rougir de nos jours.

  16. Voilà qui est très intéressant…. Je ne suis pas autrice (encore que, j’aime écrire) mais je me sens tellement concernée quand même parce que je suis médecin. Médecine, devrait-je dire. Et je me sens également assez diminuée dans ma fonction à cause de ce masculin irréductible. Quand on me posera la question traditionnelle (ou totalement moqueuse, c’est selon) « et comment on doit vous dire alors ? » je pourrais répondre : « la doctrice ».

    1. En fait, doctoresse serait plus correct, je pense. Tous les mots ne se déclinent pas pareil en fonction de leur racine. Et doctoresse est le mot tel qu’on l’a fait disparaître. Mais bravo et courage 🙂

      1. Au milieu des années 80 et au fin fond de la Touraine rurale, le vieux médecin de famille de ma grand-mère avait été remplacé par une jeune-femme. Ma grand-mère, qui n’avait pas dépassé le certificat d’études, parlait de sa doctoresse. Elle avait retrouvé le féminin plus facilement que nos vieux académiciens conservateurs…

        1. Si je ne m’abuse, il me semble que doctoresse est juste mais incomplet puisque le titre de docteur ou de doctoresse revient aux titulaires d’un doctorat, toutes disciplines confondues. Il m’a toujours semblé que l’emploi de docteur au lieu de médecin était un abus de langage. Auquel cas, vous êtes doctoresse es médecine ! Ce qui ne résout donc pas le problème de ce médecin exclusivement masculin… Un mot à créer ?

  17. Merci pour ce voyage riche d’enseignement historique . Virginia Woolf dans « une chambre à soi » fait le constat que les écrits traitant des femmes ont été rédigés par des hommes qui considèrent clairement la femme inférieure à l’homme. Son enquête remonte au début du 20ème siècle, période où la femme n’existe qu’à travers l’homme. Aujourd’hui cette « infériorité » est sous-jacente, parfois très explicite dans l’attitude de certains hommes. Nous, nos filles, avons encore de la marge de manoeuvre pour effacer cet héritage.

    1. Eh oui, en France ce sont sans doute Besherelle et Diderot qui ont fait le plus de mal aux femmes en effaçant soigneusement leur mémoire.

  18. Bonjour,

    Article très intéressant. J’écris toujours « auteure » pour ma part car je revendique le fait d’être influencée par les cultures du monde entier même si j’habite en France juste à la frontière avec la Suisse.
    J’ai du mal avec « autrice » que je trouve bizarre en le prononçant à voix haute.

    1. Merci.
      Moi aussi, je trouvais ça bizarre. Mais je dois dire que mon oreille s’accoutume.
      Après, on peut se faire le chantre d’une langue moderne, et dans ce cas, « auteure » tient tout à fait la route.

  19. Excellent ! Je me suis souvent demandé pourquoi le mot « vainqueur » n’avait pas de féminin en français, alors qu’il y en a un en espagnol, en italien… Voilà une réponse bien documentée : merci !

  20. Ton article est très intéressant, Audrey. Faire resurgir l’histoire pour expliquer le présent a quelque chose de fascinant. Il est certain que le terme « auteure » semble plus simple qu' »autrice ». Mais il ne différencie pas suffisamment le fait de parler d’homme ou de femme. C’est pourquoi je préfère nettement « autrice » dans le langage courant car il n’est alors nul besoin de dire « femme auteure » pour bien se faire comprendre. Tiens, pourquoi ne pas soumettre cette question à nos vieux flemmards de l’académie française. ça les réveillerait peut-être?

    1. Eh bien parce que l’Académie Française est sexiste et tient à le rester. En 1770, ils ont voté une règle interdisant d’élire plus de 4 femmes dans leur cénacle. Règle toujours respectée depuis lors.
      D’autre part, l’Académie compte un certain nombre de cancres dans ses rangs qui ignorent tout de l’histoire de notre langue. Ainsi trouve-t-on trace de leurs interventions lamentables dans certains papiers de Marie Darrieussecq, comme celui-ci : http://www.liberation.fr/chroniques/2014/10/31/le-masculin-et-le-feminin_1133582

  21. C’est marrant, l’air du temps. J’ai récemment découvert moi aussi cette particularité de la langue française et son retournement par l’Académie. Et j’ai commencé à utiliser autrice. Même si mon correcteur automatique passe son temps à le souligner, et que cela m’écorche encore un peu les oreilles… Mais toutes les habitudes peuvent être changées. Et auteure, c’est nulle (oui, nulle est toujours au féminin 😉

  22. Merci Audrey, j’ai trouvé cet article passionnant ! J’ai appris plein de choses, notamment l’origine de la masculinisation des pluriels. Tout s’explique !
    J’avais un peu de mal avec le mot « auteure » que je me suis pourtant approprié (j’avoue avoir du mal avec « autrice », peut-être une question d’habitude), j’en suis maintenant ravie. J’ai toujours été choquée et amusée de voir que les Suisses (mon autre patrie) utilisaient sans souci des termes comme : sapeur-pompière, sage-homme, lol. Mais je comprends mieux, et puis en France, on a tendance à être très conservateurs sur l’orthographe. On oublie, moi la première, qu’une langue évolue : il y a 1000 ans, le français était une langue totalement différente de celle qu’on parle aujourd’hui !
    Je partage ton article également.

    1. Je suis toujours étonnée de constater que les autres pays francophones sont bien plus en avance que nous sur la notion d’égalité des sexes au travers du medium du langage.
      Encore plus étonnant le fait qu’avec tous ces exemples sous la main, la France ne se remette jamais en question.

  23. Bravo Audrey, j’ai adoré ta réponse à cette petite fille.
    De mon côté j’ai longtemps refusé de féminiser ce mot, car j’avais le sentiment que si les femmes écrivaines s’appropriaient le mot au masculin, elles envahissaient le territoire, en quelque sorte. Elles le féminiserait de facto.
    C’est pour cette raison que j’utilise plus volontiers auteure que autrice, je me sens comme une « taupe » infiltrée.
    Saper le pouvoir de l’intérieur.
    C’est sûrement une question de génération et de survie.
    Je vais m’empresser de partager cet article!

      1. Que c’est une autrice qui fait des pléonasmes ? 😀

        Sinon l’article est intéressant. J’étais au courant d’une partie du contenu, mais y a des infos que je découvre ici (l’attribution de genres aux mots qui daterait de cette époque).
        Je me renseignerai plus sur ça. Merci beaucoup !

          1. Et en plus, vous êtes docteur ès lettres ! Merci pour votre intervention, je vais aller voir ça de près… Je finis d’abord un nouvel article sur le patriarcat dans la romance et le fantasme du viol… C’est en fait le même sujet.

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